Vous ne vous dites jamais que vous auriez mieux fait de rester couché ?
Moi, ce matin, quand le réveil n’a pas sonné, j’aurais déjà dû me méfier…
Le papa de Loupichat bondit, allume la lumière (pléonasme, je sais, mais ça fait tellement mal aux yeux !), ouvre les volets, vous demande s’il a une chemise de repassée : "Dépêche-toi, t’es en retard, tu ne t’es pas réveillée !". Ben ça, je sais, merci !
Vous posez doucement un pied à terre, mais même en prenant toutes les précautions du monde, c’est le pied gauche qui a été le plus rapide. Ça y est, vous êtes réveillée. Mais de mauvais poil !
Vous vous ruez dans la chambre de Loupichat, allumez, ouvrez les volets, songez qu’elle n’a rien de repassé : "Dépêche-toi, on va être en retard à l’école !". Elle se met à pleurer. Vous vous énervez.
Vous appuyez machinalement sur le bouton de la cafetière et courez pour être la prem’s dans la salle de bain. Loupé !
Loupichat pleurniche encore parce qu’il n’y a plus de Chocopops . Son papa aussi, car vous avez oublié de mettre l’eau avec le café, alors forcément, c’est moins bon…
Ah le p’tit dej de la famille Ricoré…
Vous finissez par embarquer tout le monde dans la voiture et déposez vos petits paquets devant leurs bureaux avec leurs cartables. Flute, vous avez oublié leurs gouters.
Vous filez chez L’clerc avant que la horde de retraités ne se rue sur les rayons. (c’est effroyable de voir comme ils se battent pour un rosbif !). Vous remplissez votre chariot le plus vite possible_ on verra bien ce qu’on peut faire à manger avec tout ça_ et arrivez à la caisse à bout de souffle.
Vous fourragez dans votre sac à la recherche de votre porte-monnaie. Ouiiiiiiiiin ! Vous vous souvenez que vous l’avez laissé bien en évidence sur la table de la cuisine avec le gouter pour ne pas l’oublier. "Vous voulez que je vous garde tout ça ?" vous demande la caissière visiblement agacée. Vous regardez votre pile de surgelés en train de suer et remontez les allées du supermarché pour tout remettre en rayon.
Vous rentrez chez vous, attrapez votre petite carte toute bleue, songez que sans elle vous êtes bien peu de choses et refaites le tour des rayons que vous connaissez par coeur. Bon, y a plus de rosbif, vous arrivez après la bataille.
Vous sortez enfin, soulagée, et voyez un attroupement sur le parking.
AH ah ah, y a une voiture qui recule toute seule. La couleur vous rappelle vaguement quelque chose. Heureusement, un gentil poteau la stoppe dans sa course. Merdasserie ! Vous la reconnaissez, c’est la vôtre de voiture !!! Enfin, celle du papa de Loupichat.
Vous prenez votre voix la plus enjouée : "Heu, ça va mon chéri ? Oui, moi aussi, juste un petit accrochage, trois fois rien ! Heu… comment fait-on un constat avec un poteau ? Non, ce n’est pas moi, je n’étais même pas dans la voiture !". Vous ne comprenez pas trop ses explications derrière ses cris d’orang-outan. Belle soirée en perspective…
Vous rentrez enfin à l’abri dans votre nid douillet. Vous vous préparez un bon plat de lasagnes pour vous remettre de vos émotions (1 minutes 30 au micro-ondes, merci Marie !) . Le téléphone sonne. C’est l’école. Vous avez oublié qu’il y a grève de cantine aujourd’hui. Loupichat vous attend toute seule, en pleurs derrière la vitre . Vous baissez les yeux, prenez votre air de mère repentie et récupérez votre progéniture, vous confondant d’excuses auprès de la maîtresse. Vous avez l’impression d’avoir 5 ans.
Il est 13h30 et vous n’avez qu’une envie, vous coucher… Qui sait ce qui va bien pouvoir se passer dans les 6 heures à venir ! Dans un cas extrême comme celui-là, mieux vaut trouver une activité calme et sans danger. Écrire un petit chapitre de votre roman ? Mouais. Est-ce bien raisonnable ?
Oui, je sais ce que vous pensez : la vie est une vraie source d’inspiration, profitons-en ! Vous avez raison. C’est justement là où je voulais en venir.
On dit souvent que la qualité première d’un écrivain est une grande imagination. Certes. Ce n’est sûrement pas en faisant ses courses que JK Rowling a créé l’univers de Harry Potter. Remarquez, il parait que c’est à la terrasse d’un café.
Mais en observant attentivement ce qui se passe chez vous, autour de vous, les choses, les gens, leurs réactions, petites manies, vous trouverez une super mine à exploiter.
Bon, il ne s’agit pas de tomber dans le récit (c’est un autre genre). C’est là que l’imaginaire entre en scène… le style, la structure du récit… Avant que votre vie ne devienne un roman qui intéresse le lecteur, il y a quand même un peu (beaucoup) de boulot !
Mais en tout cas, avant, votre vie à la Pierrette Richard vous agaçait profondément !
Maintenant, vous ouvrez simplement votre carnet et notez, notez, notez…