« Miel et vin » est sans conteste l’un des plus beaux romans que j’ai lus ces dernières années. Un de ceux qui vous transportent dans un autre univers, que vous ne pouvez plus lâcher et qu’en même temps, vous savourez, vous dégustez, page après page. Myriam Chirousse a un talent rare, une plume à la fois précise et légère. Myriam, c’est aussi une charmante auteure que j’ai eu la chance de rencontrer au Salon du livre de Paris et avec qui j’adore échanger. Nous avons quelques points communs que vous découvrirez en lisant cette petite interview…
Léa : Ton envie de devenir écrivain… Elle vient d’où, ça remonte à quand ?
Je ne crois pas que j’ai eu envie de « devenir écrivain ». Je veux dire que je n’ai pas envisagé l’écriture comme un métier, une position sociale à atteindre. Un jour, je ne sais plus quand, je me suis mise à écrire et voilà : c’était là. Ça a toujours été une pratique plutôt qu’un désir à réaliser. Je ne me souviens pas de moi en train de ne pas inventer des histoires et des personnages. Ce besoin de raconter est apparu très tôt, dans l’enfance. Je crois qu’il vient d’une incompréhension profonde du monde qui m’entourait. Pour apprivoiser la vie, les enfants ont besoin de jouer, en laissant libre cours à leur imagination. Chez moi, ce jeu de l’imagination s’est mis à utiliser les mots, les phrases… L’écriture est une incroyable salle de jeu ! Vous avez tout, vous pouvez tout construire, et surtout des univers où vos émotions trouvent refuge. C’est vital. Ça permet de respirer là où il n’y avait pas d’air. Je crois que je n’aurais pas pu grandir sans écrire.
Léa : As-tu une méthode particulière pour écrire ? Tes petits trucs d’écrivains
Une méthode, non… Mais voici quelques idées qui me guident et que j’essaie d’appliquer :
1) Travailler, travailler, travailler… Mettre une phrase après l’autre, comme les pieds pour marcher : c’est le meilleur moyen d’avancer.
2) Se souvenir que l’écriture m’est vitale : même lorsque je ne peux lui consacrer qu’une heure par semaine, être bien consciente que cette heure constitue le cœur de ma vie.
3) « Écrire vrai » ou « écrire juste » (comme on chante juste). C’est-à-dire écouter attentivement la voix du roman en soi pour la restituer le plus fidèlement possible sur le papier.
4) Ne pas comparer ce que l’on écrit à ce qu’ont écrit les autres, ou ce que l’on a écrit soi-même avant. Ne pas juger ce que l’on est en train de créer… tout en restant très exigeante, attention ! Garcia Marquez a dit que la qualité d’un écrivain ne se mesure pas à ce qu’il publie, mais à ce qu’il jette dans sa corbeille.
5) Et puis… écrire comme on prépare un petit dîner pour des amis : « avec amour » et en cherchant la saveur !
Léa : Peux-tu nous raconter ton Koh-Lanta pour trouver un éditeur ?
Je me le suis épargné ! J’ai un contrat avec un agent littéraire, Virginia Lopez-Ballesteros. C’est son métier de dénicher le bon éditeur en fonction du livre, de cibler les envois, de jauger les propositions de réécriture, de lire à la loupe les contrats… Pour Miel et vin, elle a fait une demi-douzaine d’envois et, dans le lot, il y avait Buchet Chastel, tout de suite très emballé. Virginia a donc mis quelques mois là où j’aurais mis dix ans ! Mais il faut malgré tout une sacrée dose de patience et de détachement : la confrontation avec le monde éditorial est toujours éprouvante quand on débute.
Léa : Si on parle gros sous, c’est tabou ? Peut-on vivre de l’écriture en France…
En France comme ailleurs, il n’y a que très peu d’écrivains qui vivent exclusivement de leur plume. Il faut vraiment avoir de très grosses ventes… ou de très petits besoins ! Toutefois, à côté de ses droits d’auteur, un écrivain peut arrondir ses fins de mois grâce à d’autres activités liées au monde des lettres : donner des conférences, faire des ateliers d’écriture, écrire un article de temps à autre, etc. Sans parler des bourses et des aides auxquelles on peut postuler. Je crois que la France est un pays où il y a quand même un certain budget, public ou privé, pour la vie littéraire.
Mais, au-delà de la question de la possibilité, je me demande souvent si c’est souhaitable de ne vivre que de sa plume. Si le fait de pouvoir payer ma facture d’électricité ou le crédit de ma maison reposait exclusivement sur le prochain livre que je vais écrire, j’y perdrais forcément de la liberté au moment d’écrire. L’instinct de survie se mettrait en marche et, même inconsciemment, je me sentirais alors obligée de « produire » un manuscrit dans certains délais, que le texte soit bon ou pas. Je me demande si ce ne serait pas courir à l’échec… ou au désenchantement, ce qui serait encore pire ! Non, non, quand j’imagine la possibilité de ne vivre que de ma plume, ça me fait plutôt stresser que rêver ! Pour payer mes factures, je suis heureuse d’avoir mon métier de traductrice.
Léa : Ton actu, peux-tu nous parler de ton dernier livre ?
Mon premier roman, Miel est vin, est sorti l’année dernière chez Buchet Chastel. Il a bien marché, a reçu de très chouettes critiques et s’est retrouvé 3ème finaliste du Prix des Libraires 2010. Il paraîtra au Livre de Poche l’année prochaine.
Par ailleurs, je viens d’achever un court roman pour adolescents qui s’intitule Cantique des Elfes, mais je n’ai pas encore de date de publication. Enfin, je suis d’ores et déjà en train de travailler au troisième, une histoire de pirates qui cherchent l’El Dorado et tombent dans la mer des Sargasses…
Léa : Enfin, si tu devais te réveiller demain matin et que ton plus grand rêve soit exaucé, ce serait quoi ?
Avoir des ailes ! Très grandes, mais repliables à volonté, pour pouvoir m’envoler chaque fois que j’en ai envie.
Myriam Chirousse, Miel et vin Buchet Chastel, 2009
Publié par leajane 






Bon, là, pas de danger, je ne risque pas de critiquer. Catherine fait partie des auteur(e)s que j’adore et pas uniquement parce qu’elle a des origines bretonnes …
Comme je le souligne dans ma petite présentation, je suis une fan inconditionnelle de Nicole de Buron…
Je ne sais pas pour vous, mais moi, lorsque j’ai envie de faire quelque chose, j’aime bien échanger avec ceux qui partagent la même passion, connaître leur histoire, leur parcours et leurs erreurs pour essayer de ne pas sauter dedans à pieds joints…
Florence Boudon alias Sidérade :