Léa : Heu, on a dû vous la faire souvent mais je ne peux pas résister… Flic ou voyou, vous avez visiblement choisi … Mais entre policier et écrivain, s’il ne devait en rester qu’un ?
Pour ceux qui ne le savent pas, Laurent Boyet est capitaine de police et a déjà publié 2 romans policiers…
Laurent Boyet : S’il ne devait en rester qu’un, ce serait l’écrivain.
Parce que “écrire” est pour moi une nécessité, quelque chose de vital comme respirer. Je ne peux passer une journée sans écrire. J’aime mon métier, je l’ai choisi et je l’exerce avec passion. Mais pour écrire, il faut avoir une certaine sensibilité et avec mon métier, elle est très souvent mise à mal.
J’écris tout le temps ou tout du moins, je suis toujours en train d’écrire dans ma tête, de préparer la prochaine page, le prochain chapitre…
Léa : Quel a été l’élément déclencheur, qu’est-ce qui vous a poussé un jour à vous servir de votre plume pour livrer votre premier roman ?
Une histoire personnelle. Il y a, je crois, toujours beaucoup de soi dans un premier roman. Dans le mien, il y avait la volonté d’exorciser une histoire personnelle, de tourner la page !
J’ai toujours eu plus de facilité à dire les choses par écrit. Alors, j’ai écrit. J’ai romancé ma propre histoire. Une sorte de thérapie par l’écrit..
Léa : Vous avez un métier très prenant. Comment faites-vous pour concilier les 2 ? Quelle est votre méthode de travail personnelle ?
J’ai besoin de calme pour écrire. Je ne peux pas écrire dans les lieux publics comme certains. Du fait, j’écris très tard le soir, à partir de 22 heures 30. Car, outre mon travail qui me mobilise durant la journée, il y a aussi ma famille que je ne veux pas délaisser, ma femme et mes trois enfants.
Alors, lorsque tout le monde dort à la maison, je me mets devant mes pages blanches. J’écris avec un stylo, sur une feuille. J’ai besoin de ce contact. J’ai besoin de pouvoir raturer, rayer, froisser, dessiner. Je n’arrive pas à écrire directement sur l’ordinateur. Cela me… bloque. J’écris jusqu’à 01h, 02 heures du matin. Je n’ai besoin que de 4 heures de sommeil, c’est un plus. Je n’ai pas à proprement de plan d’écriture. J’ai l’histoire. Je la garde dans ma tête le temps de la mûrir et quand cela me démange trop, lorsque j’ai trouvé un bon début, et surtout le titre, alors j’écris.
Léa : Racontez-nous votre Koh-Lanta de l’édition
Se faire éditer à compte d’éditeur est un parcours du combattant, c’est vrai. Comme tout le monde, je crois, j’étais certain d’avoir écrit avec mon premier roman le futur prix Goncourt. C’est pourquoi j’ai envoyé mon manuscrit à toutes les grandes maisons d’édition parisiennes. Mon salut ne pouvait passer que par elles et je n’imaginais pas alors qu’il puisse y avoir une autre vie éditoriale ailleurs qu’à Paris. Mais, j’ai vite déchanté. Après plusieurs semaines d’attente, j’ai reçu des lettres très gentilles au demeurant mais, quasiment toutes identiques et toutes négatives. Ecrire a toujours été important pour moi, mais me faire publier aussi. Pas par appât d’un quelconque gain, juste pour le plaisir de partager…
Puis, dans le cadre de mon travail, j’ai été muté à Perpignan, où je vis aujourd’hui. J’ai découvert alors qu’il existait de petites maison d’édition très actives, avec de beaux catalogues. Le hasard des rencontres a fait le reste.
Léa : Vous êtes publié chez un “petit” éditeur (ça n’a rien de péjoratif). Quels sont, selon vous, les plus et les moins par rapport à des poids lourds comme Grasset ou Calmann-Levy ?
Les moins sont évidents : il s’agit d’un problème de distribution. Même si mon éditeur est très bien diffusé sur le pourtour méditerranéen, il est difficile de trouver mon roman dans d’autres librairies, sans passer par une commande. Et, pour commander, il faut d’abord en avoir entendu parler.
Côté plus, je dirais qu’on n’est pas un auteur anonyme, livré à soi-même. Mon éditeur m’accompagne. A partir du moment où mon manuscrit est validé par le comité de lecture, il y a un véritable travail pour faire ressortir le meilleur du roman, sans pour autant perdre son âme. C’est un travail de réécriture qui est passionnant. L’oeil de l’éditeur est souvent juste et ses conseils me permettent de garder le ton, le style de mes romans jusqu’à la fin.
Léa : Un troisième roman en cours, une adaptation au cinéma… Peut-on en parler ?
Je suis justement en phase de retouche de mon troisième roman. C’est une histoire d’amour très forte, très puissante, très émouvante enfin… je crois. Le roman s’intitulera “Perpignan, mon amour…”.
Au cinéma, cela devrait s’appeler “Barcelone, l’année dernière”. J’emploie le conditionnel car tout est très long dans ce milieu. Cela fait dix mois que l’on m’a proposé d’adapter mon premier roman policier. Mais, les montages financiers sont de plus en plus difficiles à réaliser. Et désormais, les droits d’adaptation sont achetés une fois le montage effectué.
Les choses semblent aller plus vite pour ce troisième roman et j’en suis ravi. Je ne prends pas cela comme une consécration, ni comme un aboutissement mais plutôt comme une expérience formidable.
Léa : Si on parlait gros sous ? C’est tabou ? Peut-on vivre de l’écriture en France ?
Je crois qu’il est très difficile de vivre de l’écriture. Seule une poignée d’auteurs ont cette chance. L’argent n’est pas tabou pour moi. Je touche 10 % du prix de vente hors taxe pour chaque exemplaire vendu. Mes romans étant vendus à 9 euros je touche donc… 0.70 centimes d’euros. C’est inadmissible que celui qui fournisse la matière première soit celui qui touche le moins, loin, bien loin derrière les distributeurs et l’éditeur. Cela ne peut pas me permettre de vivre, juste d’améliorer un tout petit peu mon ordinaire…
Léa : Enfin, si vous deviez vous réveiller demain matin et que votre plus grand rêve soit exaucé, ce serait quoi ?
Et bien justement, faire partie des chanceux qui peuvent vivre de ce qu’ils écrivent. Me lever le matin et me dire “tiens, qu’est-ce que je vais écrire aujourd’hui”. M’installer sur ma terrasse, sous le soleil écrasant de ma belle Catalogne et réfléchir à mes prochaines pages… Mais, les rêves sont-ils faits pour être atteints ?
Léa : C’est tout le mal qu’on vous souhaite Laurent… Et merci pour ce partage d’expérience !
Les romans de Laurent Boyet
“Le Rédempteur de la Têt”, paru chez Cap Béar Editions en avril 2008
“Le Supplice d’Amélie”, paru chez le même éditeur en avril 2009
A paraître “Perpignan, mon amour…”, fin d’année
http://www.cap-bear-editions.com/


C’est une bonne idée de viser un éditeur local. Déjà pour la proximité, mais aussi pour mettre un pied dans le milieu en entrant par l’entrée des artistes. Car être éditer par une grosse pointure ne garantit pas pour autant que le bouquin restera longtemps en rayon. Alors que là, lorsqu’un jour monsieur Grasset vous demandera “avez-vous déjà été publié?”, vous répondrez un enthousiaste “oui”.
Est-ce que ça revient à dire qu’il ne faut pas trop se casser pour un premier roman publié dans une maison régionale et garder le meilleur pour quand nous aurons enfin accédé à la haute marche de l’édition nationale ?
Parce qu’il ne faut pas se leurrer… Espérer sortir un best seller (même si votre roman est très “bon”) dans une maison d’édition régionale est illusoire !
Intéressant ce billet, j’aime bien découvrir comment les gens écrivent.
Quant à la question petit ou grand éditeur, je pencherais du côté de Philbret.
Si on commence avec l’idée de ne pas trop se fatiguer pour un premier roman, c’est adopter une attitude qui aura le mérite d’emmener le manuscrit droit vers la poubelle.
Un auteur se doit de respecter le lecteur quelle que soit la maison d’édition où il achètera le livre et de donner le meilleur de lui même dès la première édition. C’est ensuite l’expérience et surtout le public qui décideront du moment du best seller.
Oui, c’était un peu provoc ! Mais dans l’esprit, on est bien d’accord que faire d’un livre un best seller avec la diffusion d’un petit éditeur régional est peine perdu ! Pour ma part, j’en ai plusieurs dans les tiroir dont un (mon préféré évidemment)que je réserve uniquement à une grande maison d’édition pour le jour où…
D’autant, arnaud, que tu signes souvent pour plusieurs livres chez le même éditeur… Donc si tu dois faire 3 livres “moyens”, tu seras vite considéré comme un auteur “moyen”chez le grand éditeur
Je pense qu’il ne faut pas écrire pour faire un best seller, mais juste pour dire ce que l’on veut dire, raconter son histoire et essayer de toucher le plus de personnes possibles. Pour chaque roman, j’essaie de donner le meilleur de moi-même et de donner à mes mots le meilleur des sens. Les personnes qui lisent mes romans, qu’elles soient 3.000 ou 300.000 ont droit au meilleur de moi. J’ai un public désormais que je ne peux pas décevoir et le bouche à oreille fonctionne à chaque roman un peu plus…
Salut Laurent nous venons de commander tes 2 derniers romans un seul mot BRAVO avec nos bons souvenirs Cellois Josiane&Ronald
merci Ronald et Josiane. Ca fait plaisir de voir que vous pensez toujours à moi. Venez donc me soutenir sur ma nouvelle aventure sur My Major Company Books. Inscrivez vous en tant qu’éditeur (gratuit) puis venez retrouver ma page, lire les extraits de mon dernier roman “Une éternité…” et biensur, devenir fan. Je suis tout près de décrocher un contrat dans une grande maison d’édition mais pour cela, j’ai besoin de soutien. Suivez le lien…
http://www.mymajorcompanybooks.com/Auteurs/laurentboyet/
j’aime votre sagesse et votre respect du lecteur laurent..je pense que demain , moi qui ne vous connais pas, je commanderai un de vos livres là il sera..
et j ‘aime aussi chez vous le fait qu’écrire est avant tout un besoin vital..et non un métier !
Quand je serai sortie de ma tour, je ferai un billet spécifique sur les différentes formes d’édition et j’inviterai un éditeur régional à s’exprimer. Et Mr Grasset… S’il en a envie …
J’en ferai sans doute un autre sur le “métier d’écrivain” même si j’aborde finalement ce point assez régulièrement en filigrane sur mon blog.
Lorsqu’on arrive à vivre de l’écriture, il semble que logiquement, ça devienne un métier… Perdrait-on alors toute passion dès lors que cela nous rapporte de quoi subsister ?
Je trouve ça étrange qu’on se pose toujours cette question pour “l’écrivain” alors qu’on ne se la pose pas dans beaucoup d’autres domaines qu’on pourrait juger similaires, de par la difficulté d’en “vivre” et donc la nécessité d’être un vrai passionné pour y arriver : acteurs, musiciens, chanteurs, peintres, sculpteurs, sportifs de haut niveau…
Pensez-vous que l’artiste qui répète chaque jour et chaque nuit seul dans sa cave se dise “j’espère que ma passion ne va pas disparaitre le jour où je sortirai un disque, ou je pourrai arrêter d’être caissier chez Leclerc le jour et passer ma vie à créer et à jouer pour mon public ?”
Ne voir que le côté passionné, c’est pour moi sacraliser l’écriture, comme si un bon écrivain devait épouser une vie quasi monacale faite de privation. C’est aussi occulter l’énorme travail qu’il y a derrière l’écriture d’un livre. Tout ce temps passé à poser des mots sur une feuille en ce disant, ce n’est pas grave, après tout c’est plus qu’une passion, c’est un sacerdoce.
Je vous remercie donc, Laurent, pour cette interview, car vous y expliquez avec passion que vivre de l’écriture, ce n’est pas vouloir devenir célèbre, faire un best-seller, devenir riche… C’est juste pouvoir se lever chaque matin et se dire, je peux écrire, ne rien faire d’autre qu’écrire…
Mais sans se poser la question de ce qui paiera les factures et les études de ses enfants…
Juste parce qu’on a réussi à faire de notre passion notre métier et qu’on peut la partager pleinement avec le lecteur.
N ‘est-ce pas ça l’aboutissement que recherche tout écrivain ?
Allez, celui qui me dit qu’il préfère continuer à écrire dans son coin à ses moments perdus sans être édité… Ben, c’est qu’il ne sait pas que lorsqu’on est vraiment passionné, on ne peut plus s’empêcher d’écrire à longueur de journée…
Sur ces belles pensées, je retourne dans ma tour… Même si j’ai bien conscience, que dans ce genre de”profession-passion”, c’est souvent tout ou rien !