L’autre jour, mon Jules était avachi sur le canapé, zapette en main. Quant un cri strident retentit: "Louuuu-Louuuuuu, viens vite, Eric Cantona dit un truc pour toi !" "Si tu choisis un rêve, fais en sorte qu’il soit grand".
Bon, le temps que j’arrive, moi j’ai juste entendu la vérité suivante: "quand les mouettes suivent le chalutier, c’est parce qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines."
Ben oui, c’est fait pour moi ça, enfin le truc sur les rêves pas sur les sardines… mais heu…, je ne sais pas trop comment je dois le prendre en fait ?
Je demande à Jules de préciser sa pensée… "Ben, on peut pas dire que t’aies choisi un objectif facile à atteindre… C’est pas le rêve de madame tout-le-monde quand même…C’est assez gonflé !".
Assez, trop ? Je me liquéfie. "OUUUUIIIIINNNNN, moi je croyais que t’avais confiance en moi, que t’y croyais à mon rêve ! Tu dis toujours quand-tu-toucheras-ton-premier-cachet on s’achètera notre petite maison en Toscane, j’arrêterai de bosser, tu vois la petite Porsche là ? c’est quand ton roman sera adapté au cinéma."
Et puis j’ai compris. Mon Jules n’a pas de rêve. Enfin, à part gagner au loto sans jouer, avoir une augmentation en travaillant moins, et se la couler douce quand je serai riche et célèbre.
En fait, si je regarde autour de moi, je me dis que peu de gens ont de vrais rêves ! Et qu’on a fait de ma génération une drôle de génération pas très drôle.
A 35 ans, on parle plan d’épargne, prêt immobilier sur 40 ans, prévoyance pour payer les futures études des enfants même pas nés, peur de changer de job parce qu’on ne sait pas ce qu’on va trouver, retraite complémentaire parce que faut-pas-rêver-on-aura-rien !
Cela dit, je les comprends. J’ai décalé mon horaire de petit déjeuner pour ne plus subir les infos du matin sur RTL que Jules écoute religieusement pour se mettre en condition avant d’aller bosser: Encore 250 licenciements, la bourse de Paris a encore perdu 3 points, Il faut être réaliste, on n’a encore rien vu, le pire reste encore à venir , l’avenir est bouché, on a les mêmes conditions qu’en 1929 voire pires, des solutions anti-crise pour consommer malin: des magasins proposent des produits avariés à prix discount…
Alors j’ai compris mon indécence, ma grossièreté, mon impertinence, mon impolitesse, mon impudence, mon inconvenance, mon incorrection, mon obscénité…
Mais j’assume et je préfère essayer de construire mon petit château en Espagne même s’il doit s’écrouler plutôt que le dos courbé et le chignon décrépi, raconter à mes arrières petits enfants: "Tu saaaais ta mééémé, elle aurait pu devenir écrivain si elle avait eu un peu de courrraaage.".
Et puis je m’en fous. Eric Cantona me comprend, lui ! Remarque, c’est peut-être plus facile à dire et plus crédible quand tu as réussi …
Et au fait, c’est quoi votre rêve à vous ?
Publié par Krystel Jacob 
